
Le groupe a été reçu par la Directrice Nancy Doyon qui l’a guidé dans ces installations industrielles imposantes de la rue Saint-Roch sud (accessibles par les rues derrière Rose Drummond). Après la visite, plusieurs m’ont confié être assez impressionnés. Si les installations sont doubles, on y trouve le même souci de valorisation des matières «pubelles» (s’cusez-la).
Dans le coin gauche, l’Écocentre est ouvert au public depuis il y a bientôt deux ans et la réponse des Drummondvillois a été bien au delà des espérances des organisateurs. Ils viennent de toutes les municipalités environnantes avec leurs valises d’auto remplies de produits polluants ou encombrants, pour s’en débarrasser sans arrière pensée. Une simple consultation du tableau 1 montre que la proportion des matières recyclées a fait un bond grâce à l’ouverture du centre. Auparavant, les RDD (résidus domestiques dangereux) étaient traités lors d’une collecte annuelle unique organisée par les bénévoles du bloc vert.
L’Écocentre recueille les matières qui sont « valorisables » comme les produits de démolition : bois, matériaux secs (43%) matière végétales décomposables (feuilles, branches) (21%), pierre, brique (13%), métal (5%), ainsi que d’autres déchets plus délicats à traiter et dont certains figurent au tableau: pneus, peinture, produits chimiques (de préférence identifiés), médicaments, etc. Ces tonnes de produits plus ou moins dégoulinants se retrouvent dans des usines où ils acquièrent une deuxième vie alors qu’autrement ils viendraient tout simplement souiller le sol et les nappes phréatiques. « Wow! Quel progrès! » me lance Chantal Urbain, la pétillante coordonnatrice et âme dirigeante du groupe de militants.
Dans le coin droit, le Centre de Tri, c’est l’usine où convergent depuis plus de quinze ans, les camions de la compagnie Cascades, une fois qu’ils ont cueilli le contenu de tous les bacs verts de la ville de Drummondville, d’Acton Vale et même de Saint-Hyacinthe. « Nous desservons les trois MRC au grand complet, et nous sommes équipés pour fournir à la demande », nous confie fièrement la directrice. Les camions déversent directement dans le vaste hall où nous assistons, tout intimidés, au transbahutage des pelles mécaniques devant lesquelles basculent et se bousculent les montagnes brinquebalantes de rebus bigarrés.
Sur un premier tapis roulant, le carton passe tout droit. Là -bas, une quinzaine d’employés penchés sur un tapis roulant encore plus rapide se saisissent fébrilement des bouteilles ou des emballages de catégorie 1, 2 ou 4 pour les projeter dans des compartiments de la taille d’un camion à deux étages. Plus loin, un convoyeur magnétique emporte bruyamment les canettes et les bouts métal ferreux. Ouf ! Ça bouge ici. « Et le tapis roulant n’est pas à son maximum aujourd’hui. » J’avoue que je n’avais jamais réfléchi à l’intensité du travail requis pour séparer mes « trésors » recyclables. En bout de ligne, des compresseurs régurgitent des ballots d’une demi-tonne de papier, carton, plastique, tous prêts pour l’expédition. Les diverses qualités de carton et de papier constituent (en poids) 67% du produit du Centre. Le verre, 15%; le plastique 5%, le métal 3%. Il reste inévitablement un 10% qui doit être retourné au dépotoir.
À midi, la visite est entrecoupée par un lunch au cours duquel notre guide nous explique les problèmes causés par certaines mauvaises pratiques trop répandues. (1) Il y a encore des gens qui confondent poubelle, recyclage et compostage. Nous trouvons dans les poubelles vertes des ballots de feuilles mortes, des carcasses d’animaux, des bicyclettes, des cordes à linge (ça bloque les machines!), sans compter les toiles de piscine et les boyaux d’arrosage. À part la carcasse, tout ça devrait aller à l’Écocentre. (2) Les sacs d’épicerie qui ne sont pas ramassés dans des «sacs de sacs» causent beaucoup de maux de tête car ils sont extrêmement longs à séparer du reste. (3) Les canettes et bouteilles devraient être rincées pour éviter que l’atmosphère devienne irrespirable dans l’usine. (4) Malheureusement, nous ne récupérons pas tout le plastique : il faut absolument regarder si les objets qu’on jette sont marqués du petit logo aux trois flèches : autrement, ça contamine le lot. (5) Dans le même esprit, le « stirofoam » n’est pas récupérable présentement; il n’y aura pas de débouchée industrielle pour ce produit tant que le gouvernement ne s’en occupera pas. (6) Le verre des bouteilles est recyclable, mais pas celui des fenêtres. Ces deux substances sont différentes chimiquement et une faible quantité de verre plat peut contaminer tout un lot de verre à bouteilles.
Il est 14h et la visite s’achève sur une discussion animée portant sur l’importance de l’éducation populaire et sur la rentabilité de notre Centre de Tri. Sa réputation et la qualité des produits sont telles, depuis quelques années, que les acheteurs lui reconnaissent une «prime» à la qualité. Il y a aussi l’impact du coût des métaux récupérés sur la rentabilité du centre. Dans l’ensemble, nous sortons enthousiastes et prêts à répandre la bonne nouvelle. La bonne nouvelle, c’est quoi au juste ? C’est que personne ne s’est fait manger par les oiseaux !