Alors que je vaquais à mes occupations habituelles, j’ai reçu un coup de fil d’un vieil ami qui m’invitait à la conférence du 24 mars de l’ancien joueur du Canadien, Dave Morissette. La conférence avait lieu à l’éternel Café Clovis et était organisée par deux jeunes étudiants du cégep. Au départ, je n’étais pas très chaud à l’idée jusqu’à ce que mon ami mentionne qu’un repas spaghetti allait être servi et que le bar était ouvert. Mes instincts ne pouvant résister à une telle tentation, je me suis jeté à l’eau. J’allais donc à la conférence pour des raisons simplement culinaires et pour le doux houblon du Café Clovis, sans me soucier de Dave Morissette. Après que je me sois rempli la panse comme un Éthiopien dans un buffet chinois, le grand gaillard commença sa conférence. Nul doute que dès le départ, je m’étais fourré le doigt dans l’œil.
Je fus surpris tel un homme apercevant un guépard dans une salle de bain. À l’instant où Dave Morissette posa le pied sur la scène, on sentit une rafale de charisme nous percuter de plein fouet. L’homme était souriant et, au contraire de certaines célébrités, il semblait très heureux d’être présent pour faire une conférence dans une petite ville qui n’est pas Montréal. Avec entrain et même dévouement, Morissette nous fit part de sa carrière professionnelle dans le hockey et nous expliqua sommairement les grandes difficultés auxquelles il a fait face, dont le dopage. Je déposai même ma bière pour écouter attentivement ses propos. Il nous dévoila, comme dans son livre «Mémoire d’un dur à cuire», que les stéroïdes ont fait partie de son quotidien pendant près de 10 ans et que la plupart des hockeyeurs se dopent (surtout aux stimulants et aux hormones de croissance). Ce n’est pas facile pour un passionné de hockey de percer dans le milieu professionnel et surtout de trouver une autre carrière lorsque notre rêve prend fin et Morissette nous l’a fait comprendre. La conférence s’est alors transportée d’un résumé de carrière à une séance de motivation. La vie nous offre beaucoup d’opportunités auxquelles nous avons accès, mais parfois, il faut travailler fort pour y arriver. Certains sont même prêts à risquer leur santé pour cela. On fait parfois des erreurs, comme Morissette et les stéroïdes, mais on apprend et on évolue. Maintenant analyste à RDS, Morissette reconnaît que le dopage n’est pas un chemin adéquat à prendre, mais qu’il ne regrette pas ce qu'il a fait puisque avec un parcours différent, il ne serait pas devenu l’homme qu’il est aujourd’hui, un homme conscient et qui tient à conscientiser les jeunes à ne pas prendre de la drogue.
La conférence terminée, Morissette nous remercia de notre attention et prit quelques photos avec l’audience. Moi, j’étais ébloui. Ébloui de voir que Dave Morissette avait réussi à éclipser le délicieux repas spaghetti duquel mes papilles gustatives étaient, encore sur le moment, réjouies. Je me rendis compte que mon ouïe avait eu plus de plaisir à écouter le conférencier que ma bouche à déguster le repas. La conférence fut extrêmement intéressante et c’est avec joie que je lève mon chapeau aux deux jeunes étudiants qui ont eu le flair d’inviter une personnalité qui avait quelque chose à dire… pour faire changement. Ce soir-là , je me suis nourris en premier lieu de l’expérience et du positivisme d’un homme qui a fait des erreurs et qui a appris de la vie. Comme a dit Alfred, le valet de Bruce Wayne dans le film «Batman: Le commencement»: « À quoi servent les chutes? À mieux se relever». Dave Morissette a appliqué cette maxime à merveille. Bref, un bon repas et une bonne conférence, voilà une recette gagnante pour une soirée qui est loin d’être perdue.