
Les méthodes les plus courantes pour piéger les moustiques et ensuite les étudier par des analyses génétiques utilisent des appâts comme du dioxyde de carbone ou de la lumière. L’analyse du sang d’animaux mordus par les maringouins peut aussi être utile pour identifier la présence de pathogènes. Ces procédés ne permettent toutefois pas de distinguer les virus pouvant être libérés dans la salive lorsque l’insecte pique et ceux qui restent dans leur intestin. Et dans tous les cas, les chercheurs risquent une exposition au virus. La nouvelle méthode développée par Andrew van den Hurk et ses collègues du Queensland Health Forensic and Scientific Service à Coopers Plains, en Australie, permet donc aux chercheurs de procéder à l’étude des maringouins, et des virus qu’ils transportent, de façon sécuritaire. En effet, des produits chimiques préservent les acides nucléiques mais désactivent les virus. Pour rendre compte du succès de la méthode, les chercheurs ont d’abord infecté des moustiques avec les virus du Nil, de la Rivière Ross ainsi que le virus Chikungunya. Ils ont ensuite placé les insectes dans des fioles individuelles et les ont nourris avec des cartes trempées dans du miel teinté de bleu, dans le but d’identifier les moustiques qui en avaient ingéré. Les tests génétiques menés par l’équipe ont faits leurs preuves et révélé que 70 % des échantillons de salive de maringouin recueillis sur les cartes étaient infectés des trois virus, et que la presque totalité des cartes sur lesquelles les moustiques s’étaient nourris portaient elles aussi les virus transportés par ceux-ci. Ce résultat vient donc confirmer que les virus portés par la salive peuvent être transmis d’un corps à l’autre. Un article de la revue Nature qualifie de ce fait l’approche de prometteuse. La méthode présente cependant quelques inconvénients, car les résultats peuvent varier selon l’espèce de moustique et la région géographique. L’auteur de la recherche donne pour exemple les Aedes aegypti qui propagent notamment la fièvre jaune et la dengue et qui ne tombent donc pas dans le piège au miel.Phil Lounibos, un entomologiste médical de l’Université de Floride, explique pour sa part que l’approche développée pourrait donc se révéler utile pour les détections express de virus, puisqu’elle ne permet pas d’aller dans les détails et de quantifier le risque d’infection. Il souligne donc qu’une fois le virus repéré, il serait possible de faire des analyses complètes pour calculer le taux d’infection et estimer la menace potentielle.
