Quand le spectateur prend parti !

Romain Thibaud
Impact Campus, Québec
15 Juin 2010

Illustration de l'article

Le but : qu’il n’y ait pas de limites à la découverte du théâtre sous toutes ses coutures. Tout a été fait en sorte que le spectateur puisse choisir son carrefour. C’est-à-dire assister à des chantiers théâtraux, à des pièces ou au spectacle déambulatoire.

Déambuler pour réagir !

« Nous avions pour mandat  cette année, de montrer Québec dans ses côtés les plus sombres. Nous avons donc organisé le spectacle de nuit à St-Roch, un quartier en développement », a expliqué Frédéric Dubois, responsable de coordination artistique du spectacle déambulatoire Où tu vas quand tu dors en marchant… ?. Frédéric a aussi expliqué vouloir repousser les limites, en montrant aux gens ce qui existe réellement mais dont personne n’ose parler. Parmi les six places où l’on déambulait, se trouvait un parc safari. Un tour de bus dans la ville où l’on observait des scènes. L’une traitait de l’homosexualité dans l’armée. « Le premier soir, un militaire indigné s’est insurgé face à cela. On doit faire exploser les conventions désormais ! On montre des choses qui existent mais que les gens ne veulent pas voir ! » Ironie du sort ou coïncidence, le lendemain, la loi aux États-Unis autorisait les militaires homosexuels à dévoiler leur orientation sexuelle au sein de l’armée. Le spectacle laissait découvrir  Pascal Robitaille, un multi-instrumentiste, Claudia Gagnon et sa façon de représenter les sept péchés capitaux, puis Sébastien Dionne a occupé les vitrines de la rue St-Joseph. Harold Rhéaume a  mis en scène un music-hall, La Noce, sur le parvis de l’église de St-Roch. Enfin, il ne fallait pas oublier Jardins secrets,  où le spectateur venait, seul, face au comédien, dans un lit, écouter des secrets recueillis parmi la population. Un grand moment d’intimité. « J’ai fait pleurer du monde », a confié l’un des comédiens. Le besoin d’intégrer les acteurs au Carrefour, lors de cette édition, s’est fait ressentir. M. Dubois, en parlant du public, a déclaré : « vous êtes aussi acteurs ». L’an prochain, sous le même principe déambulatoire, une nouvelle thématique verra le jour.

Un choix de spectaclesincroyable

Plus de dix spectacles ont été présentés dans les diverses salles à Québec. Eux aussi ont repoussé les conventions, à la surprise d’une grande partie du public.Parmi eux, le quatrième volet du célèbre metteur en scène Wajdi Mouawad, Ciels, a crée l’étonnement. Le quatrième mur, qui sépare les comédiens du public, alors disparu. La scène entoure le public, qui joue un parterre de statues. Les spectateurs, assis sur des tabourets pivotants, sont au cœur du spectacle, avec une vision à 360 degrés. Robert Lagacé, l’un des spectateurs, a avoué sa surprise : « On se serait cru dans l’histoire, on ressentait encore plus ce que les personnages vivaient. » D’un autre genre, l’adaptation des Tragédies Romaines par le Néerlandais Ivo Van Hove a permis au public de découvrir le théâtre sous un autre angle. Une scène gigantesque et 15 écrans plats où la pièce était retranscrite. Ce triptyque de Shakespeare, réadapté au 21e siècle, a fait naître un nouveau concept. Le public a pu passer de son siège à la scène pour suivre le spectacle. Il a été au cœur du jeu des comédiens, tel un figurant.Il y aussi eu Rouge Gueule. Pièce écrite par Étienne Lepage et mise en scène par Claude Poissant, elle nous immisce dans les endroits les plus sombres de l’esprit, en mettant en évidence toutes les choses qu’on n’oserait pas dire. De façon brute, dix acteurs ont joué plus de 15 scènes qui ont pu choquer le public ou servir d’exutoire, comme un souffle libérateur. À voir sans prétention.

Le public intégré

Le Carrefour ne serait pas non plus ce qu’il est sans Les Chantiers Artistiques. Des laboratoires, des lectures de onze pièces de théâtre en construction, que le public venait voir et critiquer comme un assistant metteur en scène. Olivier Lépine, directeur de Tektonik, la compagnie de création à l’initiative du projet affirme que « ces échanges font grandir le théâtre. » Just Fake it, l’une des pièces en observation, a réussi à lier la découverte et la surprise pour tous, soulevant une réflexion poussée concernant la tromperie.La face cachée « professionnelle » du Carrefour, a aussi permis à Véronique Daudelin, comédienne québécoise, de se découvrir de nouvelles passions et aptitudes. En effet, elle a remporté le concours littéraire qui avait été lancé, en écrivant une nouvelle « Le fait qu’on m’ait proposé d’être publiée m’encourage tellement », a-t-elle affirmé. De plus, elle a gagné le droit de partir pour le festival d’Avignon. En parallèle, elle a aussi pu assister à une classe des maîtres. Le metteur en scène, Daniel Danis, a en effet permis aux élèves de s’essayer dans la mise en scène à partir d’un objet et d’une recette de cuisine. « L’intuition a été incroyable chez lui. Cela m’ouvre des portes et m’encourage dans la mise en scène », a confié Véronique.

Commenter cet article 

Vous devez être connecté pour commenter cet article.

Se connecter maintenant
Impact Campus
Impact Campus
1244, Pavillon Maurice-Pollack, Université Laval
Québec (QC)
Tél : (418) 656-3979
E-mail : E-mail
http://www.impactcampus.qc.ca
» Publier un article
» Définir comme journal favori
» Nous contacter
Partager cet article
Imprimer l'article  Imprimer l'article
Envoyer l'article  Envoyer l'article
Partager l'article sur  Partager l'article sur :    Facebook Digg Del.icio.us Google 
Noter cet article
-----
 (0 Notes)
Dans la même section...
La comédie indémodable
«Le vaudeville est une forme de comédie d’observation sociale. C’est comme une comédie de mœurs, où l’on parodie des travers d’une société», a défini Martin Lebrun, un des trois interprètes du Système Ribadier, qui a été présenté les 21 et...
Après les obstacles, le beau temps
En voulant s’inscrire au site de Réseau Contact, Réjean, biographe de métier, est contraint d’enregistrer une vidéo qui parle de lui. Seulement, on n’en apprend pas davantage sur la vie réelle du personnage, interprété par nul autre que Rémy Girard....
Hey Monday Beneath It All // Decaydance Records
Dans la lignée des Paramore de ce monde, Hey Monday en a surpris plus d’un depuis sa formation en 2008. Menée par la chanteuse Cassadee Pope, la formation américaine a rapidement gagné de nouveaux fans un peu partout sur le...

Fermer la fenêtre