Et par là , je ne veux pas dire qu’il nous faut plus de scientologues sautillants, mais plus du genre d’agents qu’il jouait dans le film Minority Report. Il nous faut plus d’agents entraînés à détecter rapidement et à neutraliser d’éventuels terroristes.Ce n’est pas mon opinion, c’est celle de la GRC et de la SQ, qui ont annoncé il y a quelques semaines une géniale collaboration afin de demander au personnel d’urgence, y compris aux ambulanciers, de garder l’oeil ouvert aux signes d’activité terroriste sur le territoire canadien. Avec ce genre de mesures de surveillance, le Canada entrerait dans le cercle des vraies grandes nations ciblées par le terrorisme.Quand je dis que ce n’est pas mon opinion, c’est parce que, vous vous en doutiez, je trouve que c’est une prodigieusement mauvaise idée, celle de devenir paranoïaque. Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas le seul à douter  : les ambulanciers ont commenté, dans les bulletins de nouvelles, l’entorse éthique que constituait le fait de leur refiler la tâche de surveiller les individus qu’ils doivent sauver, ce qui pourrait ébranler la confiance des citoyens envers le personnel paramédical.Bien sûr, les terroristes peuvent peut-être vouloir s’en prendre au Canada; l’idée n’est pas farfelue. Cependant, ce genre d’initiatives « sécuritaires » soulève une question très chaude, celle des droits fondamentaux des citoyens. Jusqu’où peut-on restreindre les libertés individuelles des canadiens en les filmant, en incitant à la délation et en centralisant la surveillance avant de piétiner les droits des citoyens ?La question n’est pas que théorique. Parlez-en à des citoyens de plusieurs pays, généralement vus comme des démocraties fleurissantes et pimpantes. Ces dernières années, les gouvernements ont pu faire passer des lois incroyablement poussées sans que l’opinion publique ne s’en soit formalisée outre mesure.Ira-t-on aussi loin que le gouvernement australien, qui songe sérieusement à obliger les fournisseurs d’accès à Internet à conserver des archives du trafic de leurs clients ? Selon ce gouvernement, c’est pour mieux contrer le terrorisme et la pédopornographie.Ira-t-on aussi loin qu’en Grande-Bretagne, où des photographes qui ont croqué le portrait d’agents de la maréchaussée se sont fait harceler par ces derniers ? Selon les policiers, il s’agit de lutter contre le terrorisme.Suivra-t-on l’exemple des États-Unis ? Là -bas, les libertés constitutionnelles des individus soupçonnés d’avoir des sympathies terroristes ( terme particulièrement vague ) sont tranquillement bafoués par des entourloupettes législatives qui donnent parfois froid dans le dos.Autrement dit, peut-on se permettre d’abandonner les fondements de notre État de droit et de nos régimes constitutionnels afin de se défendre contre une menace multiforme et souvent fort cachée ?* * *Je ne suis pas un partisan des arguments du type de la pente glissante ( slippery slope ), et je sais que les questions posées ci-haut à ce sujet ressemblent à ce genre de sophismes. Cependant, il s’agit plutôt d’exemples de comportements législatifs rendus possibles par le même genre de réflexion que ce qui pousse la GRC à demander aux ambulanciers de « garder un oeil ouvert ».Pour l’instant, tout est beau. Cependant, c’est à nous de garder l’oeil ouvert  : le terrorisme et la pédopornographie resteront au goût du jour pour justifier le contrôle, la surveillance et la censure.
