
Anecdote : le hasard faisant bien les choses, je me suis retrouvé à aider un ami à déménager. Nous entreprenions de sortir les lourds électroménagers quand son père décide de nous narguer :« Ah, regardez ça, eux c’est des informaticiens, ils sont juste habitués de déplacer des ordinateurs ! »Malgré la laveuse que j’avais dans les bras, je n’ai pas pu m’empêcher de le corriger. C’est dans ma nature.« Non ! En fait j’étudie la communication publique maintenant ! »« Ah, c’est vrai ! Toi, t’es juste habitué de déplacer de l’air, maintenant. »Dans le jargon des jeux vidéos, on appelle ça un «  Boom ! Headshot !  » Mais bon, ce n’était pas méchant, et c’était assez anecdotique. Mais l’était-ce vraiment ?Une situation assez semblable  : lors de la fin de la session d’hiver, j’étais en train d’étudier à la veille d’un examen, accompagné d’un ami tout aussi en fin de session que moi. Disons que je n’avais certainement pas relu toutes mes notes de cours, ni lu tous les textes du recueil. Mais j’avais eu des bons résultats dans ce cours, j’avais bien compris la matière, et somme toute j’avais une bonne compréhension du sujet, alors je lui ai dit : « Je pense que je vais y aller ». Le quidam lève des yeux emplis de hargne vers moi, jette un regard en coin à son livre plein d’équations compliquées, et dit : « Ah ! C’est beau les sciences humaines ! » Après discussion, je réalise que selon lui, il y a une petite poignée de domaines d’études qui demandent un effort réel, et que les autres étudiants universitaires ne font qu’acte de présence. Dans sa liste se trouvaient les programmes de génie, de médecine, de pharmacie et d’actuariat. Nous tous, le reste, ne sommes que des flâneurs qui occupons nos locaux de cours afin de chanter l’alphabet et de dessiner des cercles et des carrés. Selon lui, en tout cas, la grande majorité des étudiants de l’Université Laval sont des fondues au fromage déguisées en étudiants.Scott Adams, auteur de la bédé Dilbert, a établi un principe de gestion très utile pour les administrateurs incompétents. Selon ce principe, si vous vous considérez intelligent, alors tout ce que vous ne comprenez pas doit être de facto facile. Je crois que ce syndrome de la pensée paternaliste est plus répandu qu’on le croit, et a même commencé à toucher mon entourage ! Car si on se fie aux gens autour de moi, les communicateurs, politologues, agronomes, avocats, administrateurs et autres ne sont en fait rien d’autre que des symbioses de fruits dans une enveloppe charnelle qui ont passé trois ans à obtenir un diplôme en papier sucré.Mot de la fin : pourquoi faut-il toujours se comparer ? Toujours s’étiqueter, toujours être plus savant, vaillant, travaillant, intelligent ou connaissant qu’un autre parce qu’au lieu de connaître les arbres on a décidé de connaître l’histoire de l’Antiquité, ou la loi civile ?Bientôt, j’observerai quant à mon domaine d’étude la même pudeur qu’avec mes opinions politiques, religieuses et épistémologiques. Lorsqu’on me demandera ce que je fais à l’université, je deviendrai agressif, je hurlerai, et je prendrai la fuite à toutes jambes à travers les tunnels. J’irai à mes cours en cachette, et jamais, au grand jamais, je ne dirai « Non ! En fait j’étudie la communication publique, maintenant ! »
