
En entrant dans la salle d’exposition, le spectateur est appelé à envisager l’espace autrement ; le plancher encombré invite à gérer les déplacements avec délicatesse pour ne pas endommager l’aménagement pré-établi. L’artiste a disposé sur le sol des objets hétéroclites que des gens lui ont cédés, des objets « embarrassants », un terme équivoque qui invite à se questionner sur la contrainte : est-ce un objet superflu ou un objet qui suscite le malaise ? Au nombre de ces objets du quotidien, on retrouve entre autres de vieux appareils photo, des vêtements, des ustensiles de cuisine, des livres, des peluches et l’inévitable godemichet. Ces objets racontent un tas d’histoires que le spectateur doit lui-même s’imaginer, même s’il est orienté par quelques confidences épinglées au mur : « Je l’ai aimé mais, maintenant, il est temps de m’en séparer », « J’ai une coutellerie Lagostina maintenant », « Ils seront un fardeau pour ceux qui auront à trier mes affaires », « En fait, je ne l’aime pas », ou encore « J’ai trop de photos de moi dans cette robe, l’air jeune et amoureuse ». On entre dans l’intimité de celui qui a offert l’objet, et non pas dans celle de l’artiste – comme c’est habituellement le cas. Une exposition très coopérative, finalement, puisque c’est un « Village des Valeurs » que l’on visite davantage qu’une galerie d’art.Il y a quand même un geste artistique derrière tout cela, geste posé à travers l’agencement. Le spectateur peut contempler quelques montages réalisés par de Groot, notamment des jambes de mannequin en plastique posées à l’envers sur des livres et dont les pieds ont été recouverts de boucles blondes synthétiques. Il s’agit donc une exposition minimaliste où le spectateur a l’impression d’assister aux balbutiements d’un projet artistique, voire de surprendre l’artiste dans son atelier.
