Alors, contents d’être pompés ?

Jean-Louis Tedone
Impact Campus, Québec
03 Novembre 2009

Depuis que je suis à l’université, chaque jour m’apporte son lot de surprises. Il est vrai que j’évolue dans un milieu enrichissant, formateur et qui s’avère être une source inépuisable de connaissances. C’est avec joie que je me couche le soir avec en tête un savoir nouveau et l’impression positive de ne pas avoir perdu ma journée. Que ce soit d’un point de vue pédagogique ou organisationnel, l’Université Laval recèle de nouveautés extravagantes et surprenantes. Néanmoins, ma dernière découverte m’a quelque peu consterné.Cette trouvaille n’est peut-être pas un scoop pour tout le monde, mais elle me semble très révélatrice de la mentalité de l’administration lavalloise depuis l’arrivée au pouvoir de M. Brière. La politique que prône notre recteur est basée sur une recherche continuelle de nouveaux moyens pour dépouiller les comptes en banque, peu garnis, des étudiants de l’Université et ceci dollar par dollar. En bref, voici mon histoire. Étant étudiant étranger, je suis dans l’obligation de demander un prolongement de mon permis d’études pour pouvoir finir mon baccalauréat au mois d’avril. L’un des papiers nécessaires pour compléter mon dossier est un relevé de notes. Vous savez ce papier que nous recevions encore gratuitement par courrier la session dernière. Eh bien aujourd’hui, par souci de respect de l’environnement et pour être ainsi en accord avec sa politique de développement durable, l’Université n’envoie plus les relevés de notes par courrier. Jusqu’ici rien d’anormal, au contraire, c’est une décision logique et tout à fait respectable. Là où le bât blesse, c’est que dorénavant, il faut débourser 7 $ pour obtenir ce papier prouvant notre appartenance à l’Université et, par la même occasion, nos qualités académiques. 7 $ par relevé ! Il n’est même pas possible d’avoir le premier gratuit. Non, non, 7 $ pour une simple impression, décorée du sceau de notre grande université. Faisons un calcul rapide pour tenter d’évaluer la plus-value effectuée par l’UL : si 20 000 étudiants demandent un relevé pour l’année scolaire 2009/2010, le compte en banque de l’institution sera majoré de 140 000 $. Belle opération !Depuis deux ans, toutes les excuses sont bonnes pour augmenter la facture des étudiants lavallois. Entre l’obligation des étudiants des deuxième et troisième cycles de prendre des crédits de recherche équivalents à un temps plein, l’augmentation des Frais institutionnels obligatoires et la facturation de services autrefois gratuits, les étudiants sont les vaches à lait, ou les poules aux œufs d’or, en continuant dans la métaphore fermière, de l’administration Brière. Pour justifier ses décisions, l’UL use d’arguments qui semble peu démontables : la modernisation du système informatique, la perte de contrôle de Capsule, le développement durable, la mise à niveau avec les autres universités, etc. Qui peut être contre la vertu ? Utiliser l’environnement, la recherche d’un meilleur milieu de travail, la modernisation des infrastructures, pour défendre une politique financière est difficile à contrer. Cependant, à nouveau, ce sont les étudiants qui subissent ces décisions politiques, sans être consultés. Ainsi, plusieurs questions se doivent d’être posées. Pourquoi les étudiants paient-ils la facture de la modernisation informatique, alors qu’elle sert pour l’Université entière, employés compris ? Pourquoi les étudiants paient-ils pour l’atteinte des objectifs de développement durable de l’UL ?L’Université est composée de bien plus que des étudiants. Des milliers de travailleurs y affluent quotidiennement et profitent aussi des avancées technologiques et environnementales s’y déroulant et de leurs retombées. Pourquoi ne paieraient-ils pas comme les étudiants ? Surtout que leur salaire est largement supérieur aux 10,67 $ de l’heure que touche un étudiant du premier cycle ayant la chance de pouvoir travailler à l’UL. Cette mentalité d’étudiant-payeur est inéquitable et injustifiable. Il serait temps que l’administration lavalloise considère ses étudiants comme autre chose que des portefeuilles sur pattes. Mais d’un autre côté, si personne ne s’en formalise et que tous semblent se complaire dans cette situation, pourquoi changer un système qui fonctionne ?

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