Bethune par Clarkson
François M. Gagnon
Impact Campus, Québec
03 Novembre 2009
En même temps que la Faculté de médecine de l’Université Laval présente une exposition d’un mois au sujet du médecin internationaliste Norman Bethune, Adrienne Clarkson publie une traduction française de son essai biographique sur le fameux canadien chinois. Une excellente occasion pour l’ancienne gouverneure générale du Canada d’explorer le rapport qu’ont ses compatriotes avec une idole de l’Empire du milieu.
Celle qui a été journaliste pour la CBC ( le penchant anglophone de Radio-Canada ) avant de représenter la couronne britannique en sol canadien ne se cache pas derrière une fausse réserve lorsqu’elle parle du sujet de son ouvrage: « C’est quelqu’un que j’admire énormément. C’était un vrai héros extraordinaire, pas seulement du Canada, mais mondialement. »Norman Bethune est entré dans l’imaginaire collectif des Chinois pour son implication dans la guerre contre les troupes japonaises. Même s’il n’a passé qu’un peu moins de deux ans en sol chinois, son ardeur au travail et sa force de caractère impressionnèrent fortement Mao Tsé-Tong, qui l’immortalisa dans un texte qui fut transmis à des millions d’écoliers chinois. « Bethune est connu par un milliard et demi de Chinois. Aucun autre canadien n’est connu par un milliard et demi de personnes », s’exclame Adrienne Clarkson.
Nul n’est prophète en son pays
Même si son implication dans la médecine internationale a fait de lui une figure majeure( il alla prêter main-forte aux troupes anti-fascistes en Espagne avant de partir pour la Chine ), Normand Bethune jouit d’une réputation fort limitée dans sa propre patrie. Mme Clarkson le souligne d’ailleurs, malgré son origine ontarienne et sa pratique québécoise, le souvenir qu’il laisse chez les Canadiens est imprécis et vague.Est-ce à cause de son implication politique ? Profondément anti-fasciste, au point d’ailleurs de s’enrôler dans le parti communiste, Bethune n’avait forcément pas d’atomes crochus avec le gouvernement québécois mené par l’anti-communiste Maurice Duplessis. Par le fait même, les groupes au sein desquels il s’était impliqué sont devenus des cibles plus politiques que leur implication sociale ne le méritait.
« Pas fait pour la vie ordinaire »
« Il a inventé plusieurs instruments chirurgicaux très importants », rappelle l’auteure, qui tient à présenter Bethune comme un homme polyvalent et un grand humaniste. C’est à lui que l’on doit, entre autres, le principe de la transfusion mobile ( auparavant, le donneur et le receveur devaient être réunis ), ainsi qu’une grande implication dans le développement de la médecine québécoise ( il avait notamment déploré les mauvaises conditions de vie dans les quartiers ouvriers de la province et travaillé dans le « Groupe pour la santé du peuple » ).