« Quand j’étais petit, j’étais un insecte »

Stéphanie Olas
Impact Campus, Québec
06 Octobre 2009

Avez-vous peur des cafards ? Que diriez-vous si vous vous transformiez en l’un d’eux ? C’est ce qui arrive au héros du deuxième roman de Rawi Hage, Le cafard. Si les dieux grecs sont capables de se métamorphoser, eh bien, il semble que les immigrants aussi. Mais, alors que les premiers le décident, le héros de Rawi Hage, lui, doit subir sa transformation.Le cafard est l’histoire d’un homme hanté par son passé, un homme qui a immigré à Montréal et ne parvient pas à s’adapter au changement. Depuis son enfance, il se métamorphose littéralement et devient mi-homme, mi-cafard. Il a le cafard et il symbolise le cafard, à la fois celui qui envahit une terre d’accueil et celui qui survit, espèce résistante, la seule « qui survivra au cataclysme ».« C’est précisément parce que j’existe que la lumière est toujours là. Et si je cessais d’exister ? » Après une tentative de suicide ratée pour « échapper au soleil », puis un séjour à l’asile, le personnage se retrouve confronté à une psychologue qui va le pousser à confesser ses souffrances passées et, éventuellement, ses crimes. Selon Rawi Hage, la thérapie « est une extension du conflit religieux » et, comme il le souligne, elle est, d’après Foucault, « une extension de l’acte de confession ». Pour la thérapeute du cafard, « c’est un exercice » qui doit amener le héros « à s’améliorer », à purger « sa culpabilité ». Le personnage est ainsi poussé à se confesser, sous la menace d’être renvoyé à l’asile. Et, telle Shéhérazade, il raconte ses histoires pour y échapper. Pourtant, au bout du compte, chacun ressortira transformé au contact de l’autre. « Les endroits éclairés, c’est bon pour les vampires. » Pourquoi ce héros sans nom déteste-t-il autant le soleil ? « Dans la dépression, on retrouve ce rapport au noir », indique l’auteur. Le livre porte d’ailleurs une réflexion sur les maladies mentales, se révélant notamment dans le monologue du personnage, issu d’une illumination, et dans les questions existentielles que pose le héros dans ses moments de folie. Sa plus grande interrogation : « Quel est le but de tout ça ? » À travers cette réflexion, il tente de « déchirer l’appartenance à un collectif qui va devenir violent, il veut rester isolé, être un marginal ». Refusant d’appartenir à la société, il se nourrit pourtant secrètement de l’intimité de ses membres. L’auteur précise d’ailleurs que la thérapie met en jeu « un dialogue entre quelqu’un qui vit ici et quelqu’un d’ailleurs ».Dans son ouvrage, Rawi Hage présente à un rythme mouvementé des personnages à multiples facettes, faits de contradictions détonantes. Violence, corruption, dépression, amour, sexualité, compassion, Hage mélange les sentiments pour leur donner un goût amer, piquant, empreint d’un lyrisme et d’une prose imagée, incisive et ingénieuse. Si bien qu’à la fin, il devient difficile d’oublier Le cafard, un acte « symbolique, violent et politique. »

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